Jusqu’à trois ans de prison pour les “cols rouges” de Drouot (Le Point.fr)

La justice s’est prononcée sur le cas des 49 déménageurs de l’hôtel des ventes de Drouot accusés de voler des objets d’art de grande valeur.

La plupart des prévenus au procès des “cols rouges”, déménageurs des objets d’arts destinés à être vendus à Drouot, poursuivis dans une vaste affaire de vols, ont été condamnés mardi à des peines allant jusqu’à trois ans de prison, dont la moitié avec sursis, et 60 000 euros d’amende.

Onze des 49 prévenus ont été relaxés.

Parmi les six commissaires-priseurs poursuivis, trois ont été condamnés, à des peines allant jusqu’à 18 mois de prison avec sursis et 25 000 euros d’amende.

L’Union des commissionnaires de l’hôtel des ventes de Drouot (UCHV), cette institution dont les 110 commissionnaires étaient actionnaires à parts égales, a quant à elle été dissoute et condamnée à 220 000 euros d’amende.

Depuis l’éclatement de cette affaire, l’UCHV n’avait plus d’activité. Drouot avait changé de prestataire.

Pendant trois semaines en mars, le tribunal correctionnel s’est plongé dans l’univers des “cols rouges”, aussi appelés savoyards. En 1860, année du rattachement de la Savoie à la France, Napoléon III avait octroyé aux Savoyards et Haut-Savoyards émigrés à Paris le monopole du transport et de la manutention à l’hôtel des ventes. Ils devaient leur surnom au col rouge Mao de leur vareuse noire, sur laquelle était brodé en or leur numéro, étaient au maximum 110 et chaque nouveau était coopté par un ancien, auquel il rachetait la fonction.

“Petits à-côtés”

Lors des audiences, le tribunal était revenu sur chacun des “enlèvements” litigieux, lorsque les commissionnaires vidaient un appartement ou une maison lors d’une succession, là où des vols auraient été commis, mais aussi parfois en marge des ventes.

Le tribunal a souligné que les “cols rouges”, aussi appelés commissionnaires, faisaient un “métier difficile” agrémenté de pourboires, de “petits à-côtés”, a expliqué la présidente du tribunal, Sabine Faivre.

Mais cette pratique ancestrale a connu des dérives, au point de n’avoir parfois plus grand-chose à voir avec la “récupération”, invoquée par de nombreux prévenus. Des objets de grande valeur, des toiles de maître ont été dérobés.

Ces vols ont selon les juges pu prospérer grâce à “l’insuffisante rigueur” de certains commissaires priseurs “peu regardants”, qui ont facilité l’écoulement des objets à la provenance trouble, en accordant aux commissionnaires des frais de vente réduits.

Avocat de neuf commissionnaires, dont deux relaxés, Me Lef Forster a fait part de son sentiment que “les sanctions sont inadaptées, de nombreuses années après les faits”.

Pour lui, le tribunal n’a pas pris en considération la “complexité sociale du phénomène”, “dans les tolérances qui existaient, dans l’acceptation par un grand nombre de clients de la récupération d’objets”.

“Mon client paie”

Assurant avec Anna Branellec la défense de l’un des commissionnaires relaxés, Me Yassine Bouzrou a souligné que son client était “soulagé” que le tribunal ait reconnu qu’il n’avait commis “aucune infraction”.

“Mon client paie”, “il y en a certainement beaucoup d’autres à Drouot qui auraient pu être inquiétés”, a réagi l’avocate de l’un des prévenus, Me Marie-Alix Canu-Bernard.

Le tribunal “a su faire le tri, dans une affaire qui est compliquée”, a de son côté estimé Me Philippe Valent, conseil de l’un des commissaires-priseurs relaxés.

Ce jugement vient marquer la fin d’un “système”, a-t-il noté.

La constitution de partie civile de Drouot a été déclarée recevable, mais le tribunal a rejeté ses demandes de dommages et intérêts.

Pour son avocat, Me Karim Beylouni, le jugement, “assez équilibré”, prend en compte “le degré d’implication des uns et des autres”.

Quant aux condamnations de certains des commissaires-priseurs, il convient à présent d’en “tirer les conséquences d’un point de vue disciplinaire”, a précisé l’avocat.

Source : Le Point.fr – 6 septembre 2016